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Protection de la forêt

Si le surpâturage, la mise en culture de terrains tendres en fortes pentes, le piétinement des troupeaux sont responsables de la destruction rapide de la forêt, la déforestation en est la menace la plus lourde. « Avec le déboisement, c’est la protection végétale qui est détruite, c’est l’humus qui disparaît, le sol qui devient moins perméable, le ruissellement qui s’accélère, l’arrachement du sol qui commence là où il avait encore résisté, l’eau et le sol qui se perdent à la mer en générant d’effroyables catastrophes, la fertilité des sols qui diminue, le pays qui se dessèche, la terre qui se ruine et se transforme en désert », Fouad Zaïm. La construction de barrages pour le contrôle de l’irrigation, sans politique de reboisement, est une solution de court terme. « L’irrigation est trop souvent considérée comme une fin en soi, alors qu’elle doit servir l’agriculture », E. P Eckholm. Le défrichement des forêts, avec une extension de l’agriculture sur les pentes à forte déclivité, augmente la quantité d’alluvions charriés par les rivières et les fleuves. Cette charge de sédiments provoque l’envasement des réservoirs des barrages qui perdent alors une grande part de leur capacité. L’envasement est le résultat de l’érosion et il détruit progressivement les systèmes d’irrigation. Une recherche sur l’envasement a été menée sur des sols particulièrement sujets à l’érosion et qui connurent une disparition progressive de la couverture forestière. « L’envasement excessif est l’un des résultats principaux de la pollution de l’eau provoquée par l’homme dans le monde d’aujourd’hui, et coûte plus cher que toute autre pollution de l’eau - peut-être même plus que toutes les autres pollutions réunies », E. P Eckholm. Certaines forêts ne connaissent pas de régression importante, en termes de superficie, mais elles connaissent à l’intérieur un appauvrissement de leur densité et de leur couvert végétal. La forêt de Mamora en est un exemple. Un promeneur raconte que, lors d’une balade en forêt de la Mamora, un dimanche, et alors qu’il pénètre un peu plus profondément dans les bois, il croise un groupe de femmes munies de pioches. Elles se mettent à frapper sur un arbre pour tenter de l’abattre. Il leur demande pourquoi elles ne se munissent pas de scies : « Nous n’avons pas le droit de couper du bois, mais nous sommes trop pauvres pour en acheter. Nous essayons de couper du bois avec des pioches pour éviter tout risque d’être prises avec des scies ». C’est ainsi que notre promeneur découvre une forêt d’arbres dégradés. Le défrichement de la terre et le ramassage du bois sont parmi les causes principales du déboisement et de la détérioration de la forêt. Le coût élevé des sources d’énergie n’aide pas à une diminution du bois de chauffage. Un commerce souvent clandestin s’ajoute à l’abattage et au ramassage du bois. Notre promeneur aurait voulu expliquer à ces femmes munies de pioches qu’elles étaient en train de détruire leur propre base de survie. Sans doute auraient-elles écouté, mais elles n’en auraient pas moins continué. L’éthique et les problèmes de conservation du sol et des forêts doivent faire l’objet d’une éducation de base, d’informations quotidiennes et de mesures profondes. Un travail sur le terrain doit être effectué. « Aux Etats-Unis, lorsque l’importance du problème de la conservation du sol fut reconnue, un programme sérieux et faisant appel au volontariat fut mis sur pied. Treize mille spécialistes de la conservation du sol se répandirent aux quatre coins du territoire apportant une aide technique aux fermiers et, dans certaines zones, les fonds nécessaires au perfectionnement des méthodes agricoles », E.P.Eckholm. Un tel programme put en partie réussir dans l’un des pays les plus riches et les plus avancés du monde, il sera plus difficile de mettre en place une telle stratégie. Mais on peut toutefois tirer des leçons de cet exemple. Les réglementations et les mesures coercitives ne suffisent pas. Le Maroc a pris conscience dès le début du siècle dernier de la nécessité de protéger la forêt. Dès 1917 fut proclamé le dahir du 10 octobre sur la conservation et l’exploitation des forêts qui servira de base au Code Forestier. Des textes complémentaires viendront s’y ajouter. Des lois ont donc été conçues pour assurer la sauvegarde du patrimoine forestier et, par conséquent, la sauvegarde de l’environnement, en insistant sur deux modalités principales de techniques juridiques : les garanties de la domanialité et les mécanismes de la conservation. « L’intégralité des espaces boisés - ou assimilés - se trouvent placés sous l’emprise juridique de la puissance publique : lorsque cette dernière n’en a pas la pleine propriété, du moins dispose-t-elle (les moyens légaux lui permettant d’exercer un certain contrôle sur leur gestion. Un tel statut de la forêt - système de domanialité, doublé du régime forestier - de par les garanties qu’il offre apparemment, semble, a priori, assez propice à la préservation de la nature... », note dans l’article « Droit, Forêt, Environnement : Virtualités écologiques de la législation foncière », Mohamed Ali Mekouar, alors Président de la Société Marocaine pour le Droit de l’Environnement (SOMADE). Il y expose de façon très claire et argumentée en quoi « la législation et les pratiques qu’elle suscite, peuvent tantôt être protectrices de l’environnement, tantôt préjudiciables à son intégrité ». Certaines dispositions sont donc destinées à encourager le reboisement. En 1949 avait été institué le Fonds national forestier dont une part importante des recettes devait être affectée au reboisement. Le dahir du 20 septembre 1976 légifère sur la participation des populations au développement de l’économe forestière. Le Code Forestier encourage le reboisement et réglemente les défrichements. Ces derniers sont « soumis à autorisation ou à déclaration ; de plus, ils ne peuvent ëtre effectués là où ils risquent de mettre en péril les intérêts économiques ou les équilibres écologiques (érosion, envasement des barrages, encombrement des cours d’eau perte de terres arables...). Mais remarque M. A. Mekouar, ces reslrictions au défrichement auraient été plus profitables si leur application n’avait pas été limitée aux seules forêts nondomaniales. De nombreuses autres lois ont été édictées. L’Etat a toujours manifesté, une politique volontariste basée sur une législation spéciale de défense et de restauration des sols dont la période des années cinquante à soixante-dix est caractéristique. La Lettre Royale de feu SM Hassan II, adressée aux participants au colloque national sur la forêt tenu à Ifrane en mars 1996, marque à nouveau cette conscience de 1a forêt comme patrimoine national à préserver et à gérer rationnellement. Parmi les divers objectifs, celui de la réévaluation de la mission des collectivités locales et leur responsabilité dans le développement durable de la forêt. Le dahir de 76 sur la participation des populations au développement local avait déjà montré les difficultés de sa mise en oeuvre, « Les raisons de cette préoccupation sont au moins de deux ordres : d’un côté, la commune peut profiter de sa forêt sans rien lui rendre en retour, ou en ne lui restituant que trop peu de ce qu’elle lui doit ; de l’autre, appâtée par le gain qu’elle lui procure, elle peut être tentée de l’exploiter à outrance afin d’en tirer 1e maximum de revenus. À force de chercher à trop en gagner, les communes finiraient ainsi par perdre leurs forêts. C’est là un des effets pervers de l’économie forestière : faute de maîtriser l’exploitation, elle ouvre la voie à la surexploitation, aux dépens de l’environnement naturel », M. A. Mekouar. Faits qui résistent au droit, lois aux effets pervers, lois qu’on détourne, le fossé entre tes lois de protection et leur application est énorme. Le droit de parcours est un exemple de décalage entre la loi et son évincement. Des millions de Marocains avaient coutume de faire paître leurs troupeaux dans les forêts. Le législateur a maintenu certains droits d’usage coutumier comme le prélèvement du bois et le parcours des troupeaux, mais ceux-ci étaient limités aux seuls riverains des aires forestières. L’exercice du parcours a été rigoureusement réglementé par un texte spécifique. Mais, malaisément contrôlable, il y a abus. D’une part, le cheptel a considérablement augmenté, d’autre part, le parcours n’est plus seulement l’affaire des riverains. Un nouveau Plan national forestier va être lance. La situation de la cédraie d’Ifrane est alarmante. Un plan d’aménagement et de protection des massifs forestiers dans la région a été conçu. La création du parc national d’Ifrane se concrétise. Ce projet pilote est cofinancé par l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). « Le Parc national d’Ifrane, dont le décret de création a été promulgué le 8 octobre dernier, et qui renferme 10 `% de la superficie mondiale du cèdre de l’Atlas, participera fortement à la sauvegarde de la cédraie par une approche participative intégrée. Celle-ci comprend principalement l’élaboration et la mise en place d’un aménagement concerté à objectifs multiples, l’application d’une sylviculture écologique qui prend en compte les écosystèmes dans leur intégration (...). L’approche comprend également des actions de développement en dehors du domaine forestier, en faveur des populations usagères des forêts, notamment dans les terrains de parcours et les terrains agricoles, visant à améliorer et à diversifier les revenus de ces populations pour réduire leur dépendance à l’égard des ressources naturelles », extrait de l’entretien réalisé par Rachid Tarik avec Mohamed Tigma, ingénieur chef de la cellule du projet d’aménagement et de protection des massifs forestiers de la province d’Ifrane, paru dans le quotidien « Le Matin » du lundi 3 janvier 2005. La sauvegarde de la forêt demande des actions de longue haleine sur le terrain. Des milliers de jeunes peuvent être formés et des emplois créés afin qu’un travail sur le terrain soit effectué. La préservation de l’environnement est l’affaire d’un peuple. Et il va de soi qu’aucune politique aussi éclairée soit-elle ne saurait être efficace sans la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme.

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