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Festival Gnaoua Musique du monde

À nouveau un souffle de liberté et de bonheur musical s’est levé à Essaouira. Pendant quatre jours et trois nuits, un public désinhibé a dansé sur les rythmes des plus grands musiciens de la scène jazz actuel et des maâlems gnaouas.

La neuvième édition « Gnaoua Musiques du Monde » s’est enrichie de nouveaux terrains d’expérimentation musicale et d’un espace de dialogue.

« En musique, la chose la plus importante est l’écoute. La qualité de l’écoute. Sans l’écoute, il ne peut y avoir de musique, il ne peut y avoir de rencontre musicale », affirme l’un des plus grands musiciens de la scène jazz, Pat Metheny. Il y a quelques semaines, quand le Festival d’Essaouira Gnaoua Musiques du Monde a annoncé que Pat Metheny serait là, on n’en revenait pas. Non pas que le festival Gnaoua ne nous avait pas habitués à la présence des plus grands de la scène, au contraire, mais c’était comme renouveler le miracle. Oui, à nouveau, le festival, avec à sa tête Neila Tazi, invitait des artistes splendides de la scène musicale, le percussionniste brésilien Ze Luis Nascimento, le guitariste et compositeur américain Pat Metheny avec ses musiciens virtuoses, Christian Mc Bride et Antonio Sanchez, le guitariste français Titi Robin et son compatriote le bassiste Kalou Stalin, le balafoniste malien Aly Keita, le saxophoniste italien Stefano Di Battista avec son groupe, le chanteur franco-algérien Rachid Taha... Alors, on se dit que cette année encore, malgré la fatigue des voyages successifs, malgré les six heures de route incontournables, malgré les nuits courtes en perspective, on sera là, au rendez-vous annuel des rencontres des grands maîtres gnaouas avec les musiciens invités d’autres pays, d’autres continents.

Cette année encore, on s’immergera dans la « gnawamania », cette année encore, on adoptera la « gnawa-attitude » sans même la chercher vraiment, en luttant même contre, en se disant même que, cette fois-ci, à coup sûr, pour la neuvième édition, ça ne prendra pas. Vous avez déjà dû l’entendre, l’air blasé de celui à qui on ne va pas la faire une énième fois, la remarque, « Les Gnaouas, c’est bon une fois, deux fois, après, ça va ». Alors on se met à douter de son envie quand on avale les kilomètres sur la route grignotée, trouée. On doute encore, mais déjà un peu moins quand on dépose ses bagages dans la chambre d’un charmant ryad. On traîne ses pieds jusqu’au Sofitel Mogador, QG d’A3 Communication. Les Gnaouas, on n’y est toujours pas. La question qui vous traverse l’esprit en entrant dans la salle de presse, c’est celle de la couleur du sac de cette année, celui qu’on va vous remettre gracieusement avec un tee-shirt Puis on fait enfin un tour dans la ville pour renifler l’air de ce qui s’y prépare. Le doute s’amenuise. On commence à y croire. On sent que ça va marcher. Et dès le premier concert, on y est. Entièrement. Comment pourrait-il en être autrement ? Les musiciens, au-delà de leur virtuosité incontestable, nous offrent des concerts généreux en énergie,en temps, en feeling. Ce sont des moments d’intense bonheur.

Et quand les Gnaouas entrent en scène avec le rythme envoûtant des qraqeb (crotales) pour rejoindre les musiciens invités,c’est à chaque fois ce même enthousiasme qui saisit la foule cet enthousiasme est d’autant plus grand que les fusions s de plus en plus réelles. Et cette écoute dont parlait Metheny, les Gnaouas l’ont développée chaque année un j plus profondément. Aujourd’hui, on assiste à de véritables r contres musicales. Pat Metheny et ses deux musiciens ont ré té quelques jours avant le concert. S’il est un grand improvi teur, la musique est le fruit d’un vrai travail. « La musique toujours difficile. Pour créer, c’est toujours un challenge confie-t-il lors du bel échange organisé à l’Affiance fran marocaine d’Essaouira. Dans ce beau bâtiment construit sou règne du Sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah, musiciens, jc nalistes et festivaliers ont pu se retrouver, questionner échanger en toute simplicité dans une ambiance conviviale.

Projet né d’une initiative d’Emmanuelle Honorin, journaliste magazine Géo, « L’Arbre à Palabres » a permis la naissa : d’un espace de dialogue. Mahmoud Guinea, Mustapha Baki et Titi Robin ont évoqué ce rapport « instinctif » à la musiq Ils ont grandi dans cet univers, avec ses sonorités. « Ma fax le est arrivée au Maroc en 1937. Ma grand-mère samba, était guérisseuse, avait emporté avec elle une sorte de la récipient incrusté de coquillages et qui servait dinstrumen raconte Mahmoud. La musique, on vit avec, on l’intègre dans son corps. « Je baignais déjà dans la musique gnaouie dans le ventre de ma mère. Quand j’ai grandi, rien ne m’intéressait d’autre que la musique. On commence par les crotales puis on s’attaque à l’instrument le plus dur, le guembri. On l’apprenait en cachette jusqu’à être prêt pour jouer dans une lila », explique Mustapha.

Titi Robin a raconté cette immersion précoce dans la musique gnaoua : « Quand j’étais adolescent, j’étais entouré de copains marocains. J’ai toujours entendu cette musique. Je suis autodidacte, j’ai été influencé par ses modes et elles inspirent mes compositions ». Pour le Brésilien Ze Luis Nascimento, il y a une familiarité entre certains rythmes du Nordeste brésilien et ceux des Gnaouas : « Je me sens comme à la maison. Tout me parle. Tout m’inspire. Je me sens bien ». Ce « sentir bien », on l’a écouté dans la série des concerts du Festival. C’est ce que Pat Metheny appelle « l’esprit de la musique » sans lequel la rencontre ne peut avoir lieu.

La seconde rencontre sous « L’ Arbre à Palabres » a permis à un Maâlem d’expliquer à un public très attentif les différents modes de la musique gnaouie. La présentation d’un livre « Musique de Toutes les Afriques » a permis de rappeler l’histoire des Gnaouas qui, selon l’auteur, ne seraient pas seulement descendants d’esclaves. Parmi eux se trouvaient aussi des soldats et des mercenaires amenés au Maroc au xvIIIe siècle. C’étaient aussi des guerriers. Quelques personnes formulent une crainte, l’authenticité de la tradition ganouie ne risque-telle pas de se perdre dans la rencontre ? Les traditions musicales n’ont de sens et d’authenticité que si elles expriment les sociétés qui les jouent.

Le métissage n’est pas d’hier. Il s’est toujours fait au gré des migrations et des transformations des modes de vie et des échanges culturels. Ici, à Essaouira, on sent que se fait un travail de recherche. Quand un musicien de très haut vol, comme Pat Metheny, tente une adaptation ingénieuse du son guembri à sa guitare ou quand le Maâlem Bakbou cherche le son qui puisse répondre à la guitare de Pat, on se dit qu’il y a là enrichissement. C’est un partage de savoir-faire et d’expérience. On s’imprègne d’une autre pensée et d’un autre imaginaire musicaux. Essaouira est devenue un des lieux du monde de cette démarche expérimentale. Les fusions sont difficiles, peutêtre n’existent-elles pas vraiment, mais une rencontre a lieu qui va aujourd’hui au-delà de la juxtaposition.

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