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Redonner au patrimoine gnaoui ses lettres de noblesse
1991, André Azoulay vient tout juste d’être nommé Conseiller de Feu S.M. Hass L’ex-banquier chez Parisbas profite alors de son retour au pays pour consacrer un PE son temps à Essaouira, sa ville natale. L’idée prend forme en 1998, avec l’organisatic la ire édition du festival Gnaoua. Quinze ans après, la 9e édition attire un demi millic visiteurs.
Medina. Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde vient de souffler sa 9e bougie en apothéose, avec un demimillion de visiteurs atteint dont 20000 étrangers. Comment expliquer un tel succès en moins de dix ans ? André Azoulay. D’abord, par l’exception souirie. Une exception qui s’exprime par la magie des lieux, par l’au dace qui a été la nôtre, dès le départ, d’afficher sans com plexe ni frilosité notre volon té de redonner au patrimoi ne gnaoui ses lettres de noblesse et la place qui est la sienne dans notre société et dans le patrimoine national. Ce choix trouve naturellement sa légitimité, musicale, spirituelle et historique à Essaouira. Beaucoup de grands musiciens, notamment de jazz, avaient, longtemps avant nous, décelé l’universalité et la beauté du guembri et des percussions gnaouis quand, dès les années soixante-dix, ils partaient à la rencontre des autres musiques du monde. Ils nous ont ouvert la voie. Nous nous y sommes engouffrés et Essaouira a su initier et faire adhérer à cet univers des centaines de milliers de mélomanes et des milliers d’artistes qui ont enrichi, accompagné et conforté notre démarche.
Cette ouverture et cette fusion se sont faites sans qu’à aucun moment nous y perdions notre âme. L’esprit d’Essaouira trouve son fondement et sa force dans la réaffirmation et l’approfondissement de nos valeurs et de nos traditions que nous ouvrons aux autres, sans compromission et sans concession.
Les centaines de milliers de personnes qui nous rejoignent chaque année ne s’y trompent pas. Ils savent qu’à Essaouira nous voulons donner du sens à la musique et que la fête n’est jamais plus belle que quand se rejoignent l’universalité des notes du guembri, relayées par la magie du piano, du balafon ou du saxophone, venus de Paris, Dakar, New York ou Cuba. La fête aussi n’est jamais plus grande que quand la musique se fait le vecteur privilégié des valeurs d’ouverture, de modernité et d’universalité qui sont aujourd’hui emblématiques de tout ce qu ’Essaouira entreprend.
Comment expliquez-vous que des géants du jazz, comme le groupe de Pat Metheny, répondent présent à l’appel d’Essaouira, malgré la modestie du budget de son festival qui se déroule durant une période où les grandes stars sont très sollicitées ?
Les très grands musiciens qui, chaque année, participent au Festival d’Essaouira, ne viennent pas pour les cachets, toujours très modestes, que nous sommes en mesure de leur proposer et Neila Tazi le sait bien, elle qui organise avec talent et passion le Festival Gnaoua depuis sa création. Les Guest-stars qui se produisent à Essaouira, sont là pour la musique, pour la rencontre et pour ces quelques journées en partage avec nos grands Maâlems et leurs formations,
Tous nous disent vivre des moments d’exception en participant à des concerts d’anthologie, avec une émotion et une proximité qui font la différence.
Pat Metheny l’a magnifiquement exprimé cette aimée dans un concert sans précédent dans les annales du jazz. Nous avons tous eu le sentiment d’être des privilégiés et de vivre un moment unique qui, probablement, ne se reproduira jamais avec une telle beauté, une telle force.
Le festival bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle avec la présence de la BBC, CNN, LCI, Canal+, TVE et Trace TV. Comment expliquer qu’une manifestation culturelle qui draine des médias dune telle qualité puisse être diabolisée par des gens qui se définissent comme les gardiens de la vertu ? Les centaines de milliers de mélomanes, de tous âges, de toutes conditions et qui viennent de partout, administrent chaque année la meilleure réponse à ceux qui ne veulent ni comprendre, ni voir et encore moins entendre, cette magnifique leçon marocaine, forgée dans l’authenticité, dans la joie de vivre, dans la modernité et qui est offerte au monde entier, pendant quelques jours, depuis Essaouira.
Cette réalité, personne ne peut plus l’ignorer ou la caricaturer. Ce Festival est un magnifique bain de santé et de jeunesse. Les faits qui l’attestent sont têtus et leur vérité finira par s’imposer à tous, tôt ou tard.
En plus du festival Gnaoua et Musiques du Monde, Essaouira organise le Printemps Musical des Alizés, qui en est actuellement à sa 5e édition, et aussi le Festival des Andalousies Atlantiques au début de l’automne, ce qui permet d’assurer une animation durant les trois quarts de l’année. Y a-t-il encore de la place pour un autre festival ?
Essaouira a choisi de se développer en privilégiant la richesse de son patrimoine et la création artistique, qu’elle soit musicale, plastique, littéraire ou cinématographique. Ce choix s’est fait en 1991 et quinze ans après, je crois que nous avons été bien inspirés.
Nous sommes ainsi installés dans une logique de développement durable, à partir de paramètres et de critères que nous maîtrisons et qui créent de la richesse, sans porter atteinte aux équilibres qui font la différence souirie. Équilibres urbanistiques, protection du patrimoine historique bâti, écologie des sites, sauvegarde de la mémoire des lieux et de la culture souirie, etc.
C’est dans cette perspective qu’il faut inscrire les quatre festivals de musique dont Essaouira s’enorgueillit. Des Maâlems gnaouis à Gustav Mahler et du maihoun souiri à la guitare de Pat Metheny, nous revendiquons cette universalité de la musique.
Malgré l’aura médiatico-culturelle dont jouit désormais Mogador grâce à la politique éclairée des festivals, la cité des Alizés ne dispose paradoxalement d’aucun espace artistique ou culturel... Cette question est vitale et la réponse que nous pourrons y donner déterminera la pérennité de ce que nous avons construit depuis quinze ans à Essaouira. Voilà en effet une ville qui respire par l’Art, la Culture et la Musique, mais qui ne dispose d’aucun espace digne de ce nom pour accueillir les dizaines de for mations de jeunes musiciens qui sont les enfants de tous nos festivals. Ces forma tions qui fleurissent à Essaouira sont obligées de squatter des maisons en ruine ou abandonnées pour se retrouver et travailler ensemble leurs partitions.
Voilà une ville qui accueille chaque année des foules immenses de mélomanes et qui ne dispose d’aucune salle de concert couverte. Chacun de nos festivals s’accompagne de moments d’angoisse autour des caprices de la météo. Pour l’édition 2006 du Festival des Alizés, début mai, il a plu pour la soirée où nous donnions en plein air, Carmina Burana, le magnifique opéra de Carl Of. Plus d’un millier de personnes était là et il a fallu improviser, en quelques heures, un chapiteau pour sauver cette magnifique soirée. Je crois que nous sommes arrivés à la limite du raisonnable et qu’une décision urgente s’impose désormais à tous pour qu’Essaouira continue et ne sombre pas, une fois encore, dans les méandres des rendez-vous manqués que l’histoire nous propose
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