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HOMMAGE AUX COMBATTANTS MAROCAINS

Sous le Haut Patronage de Sa Majesté Mohammed VI, le Lycée Lyautey de Casablanca vient de publier avec la maison d’édition Senso Unico un très bel ouvrage, en hommage aux combattants marocains engagés aux côtés de la France dans les deux guerres mondiales. Les bénéfices des ventes de ce livre seront reversés au profit des vétérans marocains de l’armée française.

En 1914, la guerre éclate : l’Empire allemand et austro-hongrois entre en conflit avec la France, alliée à l’Angleterre et à la Russie. Alors que le protectorat de la France sur le Maroc n’existe que depuis deux ans, le Résident Général Lyautey fournit à la métropole des soldats marocains recrutés dans tout le pays. Engagements volontaires pour plusieurs années, avec une petite prime de départ et une solde inférieure à celle des soldats français. Progressivement, ce recrutement deviendra forcé, des razzias étant même lancées pour enrôler de jeunes recrues. Tout au long de ces quatre années de boucherie, le Maroc enverra en France quarante mille hommes, dont près de onze mille mourront. Les Marocains feront preuve tout au long de ces années d’une grande loyauté envers un pays qui, pourtant, les oppresse. L’influence du Sultan Moulay Youssef est prépondérante. Il écrit : « Nous sommes persuadés que vous saurez, au milieu des autres troupes, montrer vos qualités de courage, de bravoure et de hardiesse à l’heure du combat... ».

L’apport décisif des Marocains

En août 1914, les Allemands progressent, l’armée française se replie et le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux. Mais en septembre 1914, les Marocains livrent combat à moins de trente kilomètres de Paris. En quelques heures, les pertes sont énormes, mais la bataille de l’Ourcq est gagnée. En 1915, une proposition de loi envisage de donner la nationalité française aux militaires originaires d’Algérie, de Tunisie et du Maroc, mais cela n’ira pas )lus loin... Que ce soit dans les tranchées, à Verdun, à l’assaut du lemin des Dames, sur le front de l’Ouest et, en 1917, dans l’ar,iée d’Orient, où les batailles les entraîneront jusqu’en Albanie et aux plaines du Danube, les Marocains combattront toujours avec la même énergie, dans des conditions de vie épouvantables, boue, froid, pluie. Lors du défilé de la victoire, le 14 juillet 1919, des détachements de spahis et de tirailleurs sont acclamés par la foule devant l’Arc de Triomphe à Paris.

La Seconde Guerre mondiale

Vingt ans plus tard. Le 3 septembre 1939 la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne nazie. Sultan du Maroc depuis 1927, le futur Roi Mohammed V exprime son soutien inconditionnel à la France dans un discours lu dans toutes les mosquées : « À partir de ce jour et jusqu’à ce que l’étendard de la France et de ses alliés soit couronné de gloire, nous lui devons un concours sans réserve, ne lui marchanderons aucune de nos ressources et ne reculerons devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d’opulence et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l’épreuve qu’elle traverse (...) ». Pour répondre à cet appel sacré, beaucoup de Marocains, Berbères du Haut et Moyen Atlas en particulier, s’enrôleront au nom d’un idéal, la liberté et la dignité. Certains n’ont que quinze ou seize ans. Dès le début de la guerre, la presse nazie dénonce, le 30 mai 1940, les troupes venant des colonies françaises comme « cette sale racaille de couleur, sentant tous les parfums d’Arabie, contre laquelle doit se battre le brave soldat allemand ». Des propos d’un racisme primaire qu’on aurait aimé ne plus jamais entendre...

Morts au champ d’honneur

Impressionnants, émouvants sont les stèles et monuments commémoratifs dédiés partout en France, en Belgique, en Corse, en Italie, aux combattants marocains morts au cours de batailles ou décédés en captivité. Inhumés selon le rite musulman, leurs sépultures témoignent aujourd’hui encore de leur sacrifice. Telle cette plaque commémorative à l’entrée de la Nécropole nationale de Vénafro, qui interpelle : « Passant, songe que ta liberté a été payée de leur sang ». Ou la longue liste des goumiers du deuxième GTM au col de Teghime, morts au champ d’honneur en Corse et à l’île d’Elbe. La Seconde Guerre mondiale décimera les troupes. N’oublions jamais que dix mill( combattants marocains engagés seront tués au cours du conflit qui sera le plus meurtrier de l’histoire : environ soixante mil lions de victimes, dont un grand nombre de civils.

S.M. Mohammed V, compagnon de ta libération

Le 18 juin 1945, tirailleurs et goumiers marocains descenden les Champs-Élysées sous les acclamations. Le général dE Gaulle remet à S.M. Mohammed V la Croix de compagnon dE la libération, reconnaissant ainsi officiellement l’apport d Sultan du Maroc et du peuple marocain dans l’effort de guerre « La France est heureuse que le premier souverain accueilli su : son sol depuis la victoire soit précisément Sa Majesté, Sid Mohammed ben Youssef, dont les fils ont, une fois de plus, s vaillamment lutté à nos côtés. (...) Quand la France du défendre sa civilisation et sa liberté, elle trouva non seulemen les Français de la métropole, mais encore les admirables sol dats marocains. Nous les avons vus sur tous les champs d bataille, en Italie, en France, en Allemagne. Partout, ils on rivalisé de courage et d’esprit de sacrifice ».

S’associer au devoir de mémoire

En cette année 2006, qui célèbre le cinquantenaire de l’Indépendance du Maroc, il est courageux d’éditer un beau livre qui relate le passé colonial de la France et l’engagement des combattants marocains au nom des idéaux les plus respectables. La publication de « Ana ! Frères d’armes marocains dans les deux guerres mondiales » est un devoir de mémoire et c’est aussi un acte politique que nous devons saluer. Remercions l’équipe rédactionnelle, dont les deux auteurs, Jean-Pierre Riera et Christophe Touron, tous deux professeurs au Lycée Lyautey, ainsi que Bernard Lemasle, proviseur du Lycée Lyautey, et les enseignants et élèves. Saluons la maison d’édition Senso Unico pour l’exceptionnelle qualité de l’ouvrage, dont la richesse iconographique force l’émotion et l’admiration. Puissent administrations, tant marocaines que françaises, et entreprises nationales ou étrangères installées sur le sol marocain s’allier aux sponsors en achetant en nombre ce beau livre afin de diffuser ce devoir de mémoire.

Se souvenir du passé pour construire te futur

Alors que les ennemis d’hier, France et Allemagne, sont frères aujourd’hui au sein de l’Union Européenne, ce recueil éclaire à nouveau les liens de sang entre le Maroc et la France. Frères hier, ne doivent-ils pas être plus que frères aujourd’hui ? Ces faits historiques rappellent combien le Maroc, qui a participé très activement à la libération du joug nazi, peut légitimement revendiquer son appartenance prioritaire à l’Europe. Rappelons le discours du Général de Gaulle en juin 1945 lors du voyage officiel du Sultan Sidi Mohammed ben Youssef en France : « Devant la France et le Maroc, dont les liens indissolubles viennent d’être encore une fois consacrés par le sang versé en commun sur les champs de bataille, s’ouvrent de brillantes perspectives ».

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