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L’influence Marocaine de Ravel - Suite
Les années folles
La fin de la guerre n’apporte pas à Ravel un réel apaisement. Même s’il travaille avec acharnement, comme le montre sa riche correspondance avec l’écrivain Colette alors qu’il compose « L’enfant et les sortilèges
En 1920, Ravel refuse avec éclat la Légion d’honneur que lui attribue le gouvernement français. Il cite simplement Baudelaire : « Si un homme a du mérite, à quoi bon le décorer ? S’il n’en a pas, on peut le décorer, cela lui donnera un lustre ». L’affaire fait scandale, Ravel n’en a cure et se plonge dans son univers musical. Avec les années folles, tandis que la côte basque connaît un engouement extraordinaire, Ravel acquiert une propriété non loin de Paris, le « Belvédère », à Montfort l’Amaury. Ses oeuvres sont présentées avec succès dans son pays natal.
Le temps des voyages
En 1923, Ravel parcourt l’Europe et est ovationné aussi bien à Amsterdam qu’à Venise ou Londres. L’année suivante, il voyage en Espagne. De 1925 à 1926, il présente son oeuvre dans toute l’Europe du Nord, Belgique, Allemagne, Angleterre, Ecosse, Danemark, Suède et Norvège. 1928 le voit partir pour une tournée triomphale aux EtatsUnis, où il apprécie le mélange ethnique et culturel, tout particulièrement au sein des orchestres, qu’il estime être un enrichissement rare. Arrivé à New York le 4 janvier, il entame un séjour aux quatre coins du continent qui le mène même jusqu’au Canada.
L’infLuence arabe du fameux Bolero
À son retour, Ravel retrouve SaintJean de Luz, où il reprend l’écriture du « Fandango oeuvre rythmée que lui a commandée la célèbre danseuse et chorégraphe russe Ida Rubinstein. Si l’influence basque est évidente, Ravel luimême insiste sur le « caractère arabe présent dans la répétition obstinée des deux thèmes ». Il ajoute ensuite, démontrant le lien entre le Maroc, pays maghrébin le plus proche et son cher pays Basque : « Les Basques utilisent un instrument, la gaïta, que l’on retrouve en Afrique du Nord. Les gaitas sont obligatoirement accompagnées par un tambour ». Étonnamment, à l’heure où j’écris ces lignes dans un café de Mohammedia, la radio diffuse, comme un clin d’oeil, l’immortel Boléro et jamais je n’en avais autant ressenti la marocanité.
En 1929, le grand Festival de musique de Biarritz, organisé par le marquis Pierre d’Arcangues, est entièrement dédié à Ravel. C’est la consécration de son génie. En 1930, à l’occasion d’une cérémonie officielle, le Quai de Ciboure où s’érige sa maison natale est baptisé en son honneur « Quai Maurice Ravel », en présence de Leurs Altesses Royales les Infants d’Espagne. Le concert donné dans le salon impérial de l’Hôtel du Palais, qui fut la résidence d’été de l’impératrice Eugénie, rassemble la plus haute société.
En 1932, ii parcourt l’Europe de l’Est, où les plus grands chefs d’orchestre dirigent ses oeuvres, comme Furtwàngler, à Berlin. Le Roi de Roumanie le décore. Au cours de l’été, l’hormnage qui lui est rendu par le Festival musical de San Sebastian, en pays Basque espagnol, le touche profondément.
Alors que le compositeur atteint les sommets de la gloire, il est victime en 1932 d’un accident de la circulation qui provoque un traumatisme crânien. Dès lors, sa santé se dégrade progressivement. Les troubles de mémoire qui s’ensuivent l’obligent à interrompre son travail sur sa « pantomime arabe » auquel il tient tant. Son ami, l’écrivain Paul Morand, insiste pour qu’il aille prendre du repos au Maroc : « Chaque fois que je me rends en voiture au Maroc, par l’Espagne, je m’arrête sur quelque plage de notre Méditerranée ou de notre Atlantique, en de petites oasis connues des seuls gens du pays, ou des Français du Maroc », lui écritII pour mieux le persuader.
En 1935, à l’occasion de son soixantième anniversaire, les amis de Ravel lui organisent donc ce voyage au Maroc, que lui offre Ida Rubinstein. Avec émerveillement, il découvre ces influences musicales qu’il soupçonnait déjà, les Cnaouas de la place Jemaa el Foa qui vibre au rythme de leurs tambours et de leurs gaïtas. Bien sûr, il veut transcrire tout cela en musique, mais sa santé désormais défaillante l’en empêche.
Malgré tout, dans le salon de l’hôtel La Mamounia, il s’installe au piano et joue, pour ses amis, pour quelques privilégiés éblouis. Aujourd’hui encore, soixantedix ans plus tard, ce piano trône dans l’ancienne entrée du Palace, conservant l’émouvant souvenir de son séjour marocain.
Un génie universeL
Il rejoint ensuite son pays Basque natal, assiste encore à Paris à des représentations de ses oeuvres, mais son esprit déjà semble s’être envolé. En novembre 1937, lors d’une interprétation de « Daphnis et Chloé » par l’Orchestre National, il s’effondre. Opéré d’urgence de ce que l’on croit être une tumeur cérébrale, il meurt dans la nuit du 28 décembre 1937.
Les plus grands musiciens, tel Stravinsky, ainsi que ses amis basques suivent son cortège funéraire. Un génie vient de disparaître, mais son oeuvre lui survit, et le Boléro devient l’oeuvre la plus célèbre, la plus écoutée dans le monde, rendant Ravel immortel.
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