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MARATHON DES SABLES

Chaque année, des hommes et des femmes du monde entier se retrouvent pour réécrire leur histoire. C’est dans le désert marocain du Sahara qu’ils sont venus vivre cette expérience, en participant au célèbre Marathon des Sables. Au delà de l’effort physique qu’ils fournissent, c’est souvent une aventure presque spirituelle qui les attend. C’est une course où il faut être humble, à l’écoute de son corps, mais aussi, et peut être surtout, à l’écoute de la nature. Retour sur un marathon pas comme les autres.
La province d’Errachidia accueilli, du 7 au 17avril 2006, la 21e édition du Marathon des Sables, réputé pour etre le marathon le plus difficile au monde. 731 coureurs étaient là pour en témoigner. Imaginez des dunes de sable qui s’étendent à perte de vue. Imaginez un soleil de plomb et une chaleur assommante. Imaginez des tempêtes de vent qui vous empêchent d’avancer. Maintenant, imaginez qu’il faut courir 212 kilomètres en portant son sac à dos et en s’alimentant soi même. Ce challenge relève presque de la folie, et pourtant, c’est le pari que les participants se sont lancé. Six étapes pour boucler le parcours, dont la plus longue sera de 72 kilomètres. En 72 kilomètres, on a le temps. Le temps de refaire le monde avec son compagnon de route, de tester son amitié avec celle qui nous a aura accompagné, ou encore, tout simplement, le temps d’être seul, et de se retrouver. Certains ne pensent à rien. Ils sont juste là, vidés, dans un autre monde, inconscients de leur corps en mouvement, tels des automates. Étrangement, c’est la deuxième étape qui aura le plus marqué les esprits. Elle ne faisait « que » 38 kilomètres, et pourtant c’est celle qui en a fait tomber le plus, celle qui a le plus miné le moral et élimé les confiances. « Le deuxième jour, m’a dit Jalil à voix basse, tout est passé par ma tête. Hésitation. Même l’abandon », L’abandon, ce suicide. Jalil avait eu l’impression de s’être confessé en partageant son sentiment. Il me regardait en coin, comme pour vérifier que je n’étais pas en train de le juger. Pour les coureurs, l’abandon est cette épée de Damoclès qui voltige au dessus de leur tête dans les moments les plus difficiles. Par solidarité, les coureurs encouragent toujours ceux qui semblent être sur le point de déclarer forfait. Ils savent toujours trouver les bons mots. Ceux qui nous font nous relever. Le prix de la solidarité a d’ailleurs été remis à un Martiniquais. Sur les pistes, il a trouvé un Japonais sur le point de craquer. Il lui a donné toute son eau et l’a porté sur des kilomètres. C’est tout l’esprit du marathon des sables : un Martiniquais qui aide un Japonais dans le désert marocain. Avec trente deux nationalités représentées, cette course est un véritable point de rencontre de cultures. Un reflet des sociétés du monde dans lequel ni l’âge ni la classe sociale n’ont d’importance. Ils sont tous égaux, et tous animés pas ce même projet : finir la course la tête haute. Qu’on soit premier ou dernier, juste la finir. Au fur et à mesure des arrivées, tout le monde se rassemble pour accueillir les retardataires. Plus on se rapproche du dernier, plus il y a de monde pour les encourager. La personne qui clôturera la course sera toujours la plus applaudie. Le dernier gagne l’estime de tous. Quelquefois, la nuit tombe avant que l’étape soit achevée. Ce sont alors une multitude de petites lampes frontales qui se déplacent dans le désert. Telles des lucioles attirées par la lumière, ils ne voient rien autour d’eux, ils se dirigent juste instinctivement vers cette lumière de néon qui annonce la fin de leurs efforts, et avec elle le début du réconfort. Et si les nuits de bivouac manquent de confort et les repas en poudre de goût, ce sera toujours dans cette bienveillante bonne humeur que les lampes torches s’éteindront. Certains avaient même transporté avec eux des huîtres en conserve, ou encore du vin lyophilisé pour le festin d’un soir. La dernière nuit au bivouac était magique. Une scène de fortune avait été installée. Tous ensemble nous avons assisté, le cour ouvert, à un concert de musique classique. Fermez les yeux, imaginez que vous écoutez la troisième série de Jean Sébastien Bach. Rouvrez les. Vous êtes au beau milieu du désert, cet environnement pur et géné¬reux dans sa beauté, et vous écoutez du Jean Sébastien Bach. Vous ne rêvez pas. Et pourtant, cela ressemble de très près à un rêve. Accompagné par les violons nostalgiques de l’orchestre de l’Opéra de Paris, le vent est venu participer à ce concert, en chantant sa langoureuse plainte dans les micros. Le Sahara était en fond sonore. Pour clôturer en beauté ce moment féerique. Amira Salim. Cette cantatrice égyptienne à la voix de cristal interprétant l’Ave Maria avait des airs d’ange. Elle aura époustouflé l’auditoire, déjà hypnotisé par la magie ambiante.
Pour créer cette atmosphère surréelle, une équipe de passionnés. Et un autre chef d’orchestre, Patrick Bauer. L’aventure du Marathon des Sables, cela fait plus de vingt ans qu’il la vit et, surtout, qu’il la fait vivre. Au cour des priorités : la sécurité des participants et la préservation de l’environnement. Beaucoup de mesures sont prises pour que le convoi ne laisse aucune trace de son passage : utilisation d’un camion incinérateur permettant de détruire les déchets, numérotation des bouteilles d’eau pour inciter les coureurs à ne pas les jeter sur les pistes (sous peine de pénalité). Pour encadrer le convoi, c’est un ensemble de plus de trois cents personnes qui s’affairent 24 heures sur 24 : les chauffeurs, les membres de la logistique, les commissaires de bivouac, les responsables de l’environnement, les contrôleurs, les pisteurs, les responsables chronomètres, les médecins... Une organisation pharaonique oeuvre tous les jours pour le bon déroulement de l’épreuve. Pour la soutenir, des sponsors tels quEurosport, Jogging international, Tatoo, New Balance, Kia motors, Ciel, Buff, Hyat, FFA. Royal Air Maroc.
Le marathon des Sables ne serait pas ce qu’il est sans la dimension humaine qui le transporte, de bivouac à bivouac. Du côté de l’organisation, ce sont chaque année de nouveaux projets humanitaires qui sont réalisés : grâce au Marathon des Sables, sept pompes photovoltaïques ont été installées, trois bâtiments scolaires ont été entièrement rénovés, et très prochainement, un orphelinat sera construit (notamment grâce à la généreuse donation de Kia Motors). Du côté des participants, un grand nombre d’entre eux courent pour des associations, récoltent des fonds pour l’achat et la distribution de fauteuils roulants... Cette caravane humaine est belle, généreuse et, à l’instar de beaucoup de manifestations de cette envergure, fait du bien autour d’elle.
Et quand un des coureurs est en difficulté, c’est une formidable chaîne humaine qui se crée, pour l’aider. Ainsi, le rapatriement en urgence d’un des concurrents a pu se faire dans les meilleures conditions, grâce à la fantastique réactivité de l’organisa¬tion, des autorités locales, de l’armée, et de l’hélicoptère. Sur les pistes du Marathon des Sables, il n’y a pas de place pour l’improvisation. Pas de prise de risque. Les coureurs sont entre de bonnes mains.
Parmi les grands vainqueurs de l’épreuve, le Marocain Lahcen Ahansal pour les hommes, qui signe ainsi sa neuvième victoire consécutive. Du côté des femmes, Géraldine Courdesses, cette jeune Française pleine d’humilité qui aura elle même été surprise. Comme elle le dit si bien : « Il ne faut pas combattre la nature, mais entrer en harmonie avec elle ». Une femme qui sera entrée pour la première fois dans le désert et qui aura su, par son respect, l’apprivoiser.
Le dernierjour, après la ligne d’arrivée, ce sont avec les pieds presque anesthésiés de douleur que les concurrents dansent au rythme des Gnaouas. Exténués, ils dansent. Ils ne sont plus dans l’effort. Ils sont dans lajoie.
Le Marathon des Sables est une course pour laquelle la gestion est fondamentale : gérer son hydratation, son allure, ses calories, ses arrêts, et son émotion. On ne ressort pas de cette aventure comme on y est entré. On y trouve des réponses à des questions qu’on ne s’est peut être même pas posées, on redécouvre des valeurs qu’on avait tendance à oublier, on se rappelle de la chaleur que procure la solidarité, et on se rend compte que dans l’effort, on est plus humain.

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