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RACHID ANDALOUSSI : URBANISTE PAR CONTAMINATION
Grande figure de l’architecture marocaine, Rachid Andaloussi, d’abord, impressionnE étonne aussi par sa parfaite connaissance et son amour de la discipline. Très convivia l’homme met vite à l’aise. Architecte de formation, Rachid Andaloussi se définit lui men comme un « urbaniste par contamination ».
Médina. Dans votre discours, vous jonglez avec les mots « architecture » et « urbanisme ». En quoi ces deux activités diffèrent elles ?
Rachid Andaloussi. En fait, les termes sont liés. L’architecte est un urbaniste qui confectionne la ville par morceaux. Alors que l’urbaniste pense la ville comme une globalité pour permettre aux hommes de vivre dans des conditions favorables.
Casablanca est un bel exemple d’urbanisme...
Casablanca est effectivement l’une des toutes premières expériences d’urbanisme au monde. La ville a été à l’avant garde. Elle est née avec cette notion même. La métropole a vu le jour avec le mouvement Bauhaus (1919 à 1933). Dès 1924, casa est le champ d’expérimentation de cette école allemande. Une sorte de laboratoire de ce courant artistique. Théorisé en Europe, le Bauhaus est appliqué à Casablanca.
Qui est à l’origine de ce « laboratoire » ?
C’est le Général Lyautey qui initia la construction de cette ville nouvelle en collaboration avec l’urbaniste Henri Prost. Casablanca fut une « ville voulue ».
Qu’entendez vous par « ville voulue » ?
C’est à dire une ville pensée, réfléchie. À l’inverse, une ville subie n’a pas de plans et n’est pas maîtrisable. Elle grossit de façon décousue et devance les architectes. Casablanca a aussi subi l’intérêt de toute une population rurale défavorisée. Des bidonvilles se sont développés aux abords de la métropole. Et cette dernière perd ses paramètres urbains.
Que représentent pour vous ces « paramètres urbains » ?
Une ville doit réunir deux critères fondamentaux elle doit êtr utile et agréable. L’utilité correspond notamment au logemer pour tous, au transport urbain ou encore à l’hygiène, la culti. re, l’éducation, le sport. L’eau et l’électricité rentrent, bien sû dans cette définition. De son côté, l’agréable renvoit à l’esthc tisme, l’entretien, la végétation. La beauté de Casablanca se I aussi dans sa vitalité, sa générosité. Lorsqu’une ville s’éloign de ces deux paramètres (utile et agréable), elle avance veï l’anarchie et l’exclusion. Toutefois, la construction de loge ments économiques devrait déjà permettre, à terme, d’érad quer les bidonvilles.
Casa a t elle d’autres projets ?
Une réflexion voit le jour autour de la culture avec la créatio d’un théâtre, d’une bibliothèque et d’un musée. Les pouvoil publics affichent aussi l’intention de redonner des couleui vertes au paysage urbain. Les travaux des deux futures mar nas sont des programmes de vaste ampleur. D’autre part, I ville est en train de reconquérir sa reconnaissance au passé, de se réconcilier avec son histoire. Une prise de conscience s’opi re sur la sauvegarde de son héritage architectural. Un patr moine d’ailleurs extraordinaire.
L’association « casa Mémoire » dont vous avez été le prés : dent pendant six années est à l’origine de cette prise d conscience.
Absolument. Grâce â Casa Mémoire, la mémoire de Casablancais n’est plus abîmée. Les bâtiments art déco et né mauresque du xxe siècle ne sont plus menacés d’abandon o de démolition. Dès lors qu’un bâtiment est répertorié à l’ir ventaire des monuments à protéger, il est sauvé. La ville po sède des joyaux dont une partie, malheureusement, a été détruite.
Une autre raison explique t elle cette politique de « grands travaux » sur la métropole ?
Casablanca, ville économique par essence, souhaite aussi prendre part au développement du pays par le tourisme. La ville entend attirer des touristes et se mettre au niveau de Marrakech.
Les deux villes sont elles en concurrence ?
De façon générale, on assiste à une compétition des villes et des villages entre eux. La création d’événements culturels (le festival culturel d’Asilah, le festival des Gnaoua et des Musiques du Monde d’Essaouira, le Festival de musique de Chaouen et celui des Cimes d’Imilchil) illustre bien cette concurrence.
La tendance est elle nouvelle au Maroc ?
Elle est apparue depuis quelques années. Chaque ville, chaque village se positionne sur la scène culturelle et touristique pour se développer. En France, il s’est produit le même phénomène : de nombreux villages sont sortis de l’anonymat grâce aux festivals culturels et musicaux.
Vous êtes membre des « Amis dAzemmour ». L’association a t elle des projets identiques pour cette cité ?
Le développement d’Azemmour passe en effet par la création d’événements culturels, dans la ville intra muros, par exemple. Mais ce n’est pas tout. L’association a organisé la semaine de la ville blanche qui a permis de repeindre la cité en blanc. Cette intervention s’est faite en collaboration avec la société Colorado qui a fourni tout le matériel de peinture. Par ailleurs, vingt quatre artistes peintres ont dessiné autant de fresques murales sur les maisons. « Amis d’Azemmour » a pour objectif d’aider la cité à montrer des signes de résistance, et tente de l’encourager pour qu’elle ne disparaisse pas. Elle a tenu jusqu’à présent malgré un passé difficile. Un festival musical est en projet pour 2007.
D’où vient cet « amour » pour Azemmour ?
Azemmour ne ressemble à aucun autre lieu. Sa création remonte à la nuit des temps et se situe sur le plus grand fleuve du pays. Elle regroupe la plus ancienne urbanité du Maroc. Azemmour est même plus ancienne que Fès et Marrakech.
J’ai vu cet endroit avec un regard de professionnel. Azemmour me racontait des choses à travers son fleuve, ses portes, son architecture, sa médina et ses belles maisons. Ses ruines donnent aussi des leçons d’architecture, comme une anatomie qui offre une lecture des lieux.
Qui sont ces « Amis dAzemmour » ?
Ce sont avant tout des personnes de cour qui souhaitent placer la cité sur le plan international. Mais, avant tout, motivées par leur amour de sublimer Azemmour.
Pour en faire un petit Essaouira ?
Nous souhaitons tout simplement en faire un petit Azemmour. L’association souhaite rénover la cité et soutenir ses habitants par la mise en place du micro crédit et le développement de l’artisanat. Azemmour est notamment connue pour ses poteries, sa broderie, son art culinaire.
Quoi de neuf sur Azemmour ?
Des photos ont été réalisées suite à une rencontre internationale de la photographie qui s’est déroulée en décembre dernier. Cette action vise à attirer l’attention sur la cité. Le travail réalisé avec les photographes va maintenant servir un projet de livre sur Azemmour.
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