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Les trente ans du centre Georges Pompidou
À Paris, le Centre Pompidou fête ses trente ans par une présentation renouvelé de ses collections d’art moderne et contemporain, ainsi que par des projets d’ouverture à l’Europe et au monde.
Révolution architecturale révolution culturelle voilà ce que représente le Centre Pompidou à la fin des années soixantedix. Francis Ponge écrit en 1977 : « Au cour de Paris, un cour : un muscle, une pompe aspirante et refoulante, aux battements ininterrompus... Moins donc un monument que, s’il faut inventer ce mot : un moviment. » Le projet remonte au début de la décennie. En 1972, le Président Georges Pompidou, élu en 1969, déclarait en effet : « Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel comme on a cherché à en créer aux EtatsUnis avec un succès jusqu’ici inégal, qui soit à la fois un musée et un centre de création où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc. [.1. Tout cela coûte cher, je le dis franchement. Mais sur plusieurs années, c’est finalement une goutte d’eau dans le budget de l’Etat, et si l’objectif est atteint, ce sera une réussite sans précédent. » Des propos visionnaires. Dès décembre, il décide la construction de ce grand centre culturel qui lui tient à cour sur le plateau Beaubourg, à Paris. Mais le projet fait scandale par sa modernité, d’autant que nombreux sont ceux qui ont dénoncé la destruction des Halles Baltard en 1971, à l’emplacement où se dressera le Centre. Le Président doit se justifier : « Mes raisons, j’aime l’art, j’aime Paris. Je suis frappé par le caractère conservateur du goût français, particulièrement de ce qu’on appelle l’élite, je suis scandalisé par la politique des pouvoirs publics en matière d’art depuis un siècle, et c’est pourquoi je cherche à réagir.
Le projet est certes onéreux, mais que peuvent répondre les détracteurs au Président qui pense à son rayonnement futur, et puis le Centre ne coûtera pas plus que soixante kilomètres d’autoroute ! Un concours international d’architecture attire 491 candidats étrangers et 186 français. En juillet, le jury présidé par jean Prouvé, et dont fait partie le génial architecte Oscar Niemeyer, choisit le projet de Rogers, Piano & Franchini, de jeunes architectes. En 1974, le Centre devient un établissement public « à caractère culturel » et comprend deux départements, le MNAM, Musée National d’Art Moderne et le CCI, Centre de Création Industrielle. Associés à la BPI, Bibliothèque Publique d’Information, et à I’IRCAM, Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique. Le décès en avril 1974 du Président Pompidou menace le projet, mais le nouveau Premier ministre, Jacques Chirac, le défend devant le Président Valéry Giscard d’Fstaing. Naît alors, en mars 1976, l’Association des Amis du Centre Georges Pompidou, présidée par Edouard Balladur. La nouveauté choque, les détracteurs sont nombreux. Pour le défendre, on souligne comment Maupassant qualifiait la Tour Eiffel lors de son édification : une <c entreprise diabolique d’un chaudronnier atteint du délire des grandeurs »,avant qu’elle devienne l’un des monuments les plus visités au monde. Le Centre doit atteindre le but fixé : amener à la culture la jeunesse et tous ceux qui, sans cela, n’auraient jamais franchi les portes d’un musée. Finalement, Peter Buchanan, historien de l’architecture, pourra écrire : « Aussi avantgardiste qu’ait été le Centre Pompidou en son temps, avec du recul, on peut observer combien il s’enracine fermement dans l’histoire de Paris et pas seulement comme l’alter ego le plus moderne de la Tour Eiffel [.1. Beaubourg entretient d’étonnantes affinités avec NotreDame. Tous deux surgissent distinctement, vastes et isolés, parmi les bâtiments et, dans la même recherche de transparence, sont ponctués dans le sens de la longueur par une structure externe. » Ouvert sur la « piazza », le Centre doit être « un lieu de rencontres, de rassemblement, de distraction, un foyer constant d’animation et de mouvement. » Une place Jemaa e1 Fna futuriste ! Surnommé la « raffinerie » par les Parisiens, le Centre Pompidou a une surface utile de 70000 m2,42 mètres de haut, 166 mètres de long et 60 mètres de large. En 1976, l’enthousiasme va grandissant. L’ouverture de la BPI est saluée, d’autant que le libre accès est généralisé et que les horaires sont étendus. L’écrivain René Barjavel s’enflamme en 1977 : « C’est une merveille ! Ici sont réunies toutes les connaissances du monde... Quel instrument de travail ! Quelle facilité d’emploi ! Pas d’attente, pas d’intermédiaire, pas une minute perdue... O Beaubourg, il te sera beaucoup pardonné pour cet étage sublime. » C’est la naissance de la médiathèque qui met plus de 300000 documents sur différents supports à la disposition d’un public de plus en plus nombreux. Les expositions du CCI, pédagogiques, explorent des thèmes comme « La ville et l’enfant » et suscitent une réflexion sur la société contemporaine. Désormais, le Centre est un lieu d’expérimentation et de diffusion de la culture.
L’inauguration a lieu le 31 juillet 1977 en présence du Président Giscard d’Estaing, de Madame Pompidou et de hautes personnalités du monde entier. L’ouverture au public est un triomphe 3000 visiteurs étaient attendus à la bibliothèque il en vient 16000. Quant au musée, il en accueilli 18000. Le parcours débute par deux chefs d’œuvre de 1907, « En barque », de Bonnard e « La charmeuse de serpents », du Douaniei Rousseau, puis Henri Matisse avec « Luxe 1 » Braque, « L’homme à la guitare », 1914, et le « Contrastes de formes », de Fernand Léger, de 1913. Les acquisitions prestigieuses s’enchaînent : Dali, Chirico, Klein, Mondrian. Les dons s’y ajoutent : Pollock, Kandinsky, grâce à son épouse Nina qui offre en 1976 quinze toiles majeures. La création occupe également une place centrale, ce qui est déjà depuis longtemps le cas du MOMA (Museum of Modern Art de New York) tandis que les installations entrent à Beaubourg dès 1975 avec « la boutique » de Ben. Le Centre devient une plaque tournante de l’art moderne et contemporain. L’art se répand dans la rue avec les sculptures de la fontaine voisine, de Niki de Saint Phalle et de Tinguely sur la place IgorStravinsky, « L’oiseau de feu » et,< le serpent », inspirés par l’œuvre du musicien. La première manifestation du Forum est le « Crocrodrome », de Jean Tinguely, oeuvre collective, gigantesque et ludique. Les expositions thématiques permettent au grand public de s’approcher des oeuvres de Picabia et de Duchamp lors de « Paris New York » et de Maïakovsky et Malevitch, lors de « Paris Moscou ». Le Centre accueille les présentations de musées précurseurs, tels ceux de Grenoble, Saint Etienne, Marseille et organise des expositions itinérantes. À l’IRCAM, Pierre Boulez lance « Passage du XXe siècle », un cycle de manifestations musicales. L’IRCAM qui reçoit en 1977 Stockhausen, principal représentant de la musique sérielle en Allemagne pour un concert. Les prévisions étaient de 5000 visiteurs par jour, ils seront 25000 ! Huit millions par an, en moyenne. Le succès est total. Quant à la piazza, 40 % des visiteurs y viennent au moins une fois par semaine. La BPI offre des débats, dans le cadre des « forums » devenus légendaires. Le Centre s’ouvre de plus en plus aux arts contemporains et graphiques, à la photographie, au cinéma expérimental, à la vidéo. En 1985, l’espace est restructuré avec une attention particulière portée à l’éclairage par Gae Aulenti, avec un circuit qui va de 1905, l’< art historique » à la génération de l’aprèsguerre. Fin 1987 a lieu avec l’ouverture de la salle Garance la première Biennale Internationale de films sur l’art. Les années 8595 mettent la sculpture moderne et le renouveau du dessin à l’honneur. Quelques expositions, « Les réalismes », en 1980, « Paris Paris », en 1981, « Présences polonaises », en 1983, « Vienne » et « Le Japon des avantgardes », en 1986. En 1989, « Les magiciens de la terre », avec la participation d’artistes marocains. « Hors limites » et « La ville », en 1994, « Face à l’Histoire ,>, en 1996, « L’art de l’ingénieur », en 1997. L’architecture est présente. L’un des thèmes les plus spectaculaires fut, en 1981, « Des architectures de terre », qui exposait les travaux du groupe CRAterre, fondé en 1979, qui militait pour le recours aux techniques traditionnelles en terre. Architecture yéménite et casbah de pisé du sud marocain en démontrent la beauté et la solidité. Littérature, danse avec, par exemple, « Paul Eluard er ses amis peintres » et « Kafka » qui se prêtent aussi à la scénographie du Centre. Les spectacles de danse sont présentés soit dans la Grande salle, soit dans le Forum. En 1980, la création mondiale de « Casta Diva », par Maurice Béjart, puis « Events », de Merce Cunningham, en 1982, marqueront les mémoires. Quinze ans de rénovation permettent au Centre Pompidou de fêter l’anniversaire de ses trente ans au XXIe siècle. L’exposition « Manifeste » dresse le bilan de ces trois décennies de création dans tous les domaines, de 1960 à 1990. Pour l’an 2000, le Forum est entièrement réorganisé. Sous la houlette de Werner Spies, les expositions monographiques se succèdent. Et les grandes collaborations aussi : « MatissePicasso » avec le MOMA ou « Comme le rêve, le dessin », présenté simultanément au Louvre en 2005. Et, toujours, place à la création.
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